Cis-joint










S'tu veux, c'par là. [...]










# Posté le mardi 17 février 2009 17:34

Je vous salis Marie

-Il est temps de dire à certains de nos amis que tout est fini, murmure-t-il.

Il tourne d'un mouvement impérieux son regard vers la lumière et toise la longue file de personnes. Il est grand Le Pierre. Son visage est sublime. Ses yeux verts, ses cheveux noirs. Qu'importe ses mots, ses gens seront toujours là pour les cueillir, les genoux meurtris d'avoir patienté sur le marbre.
Il semble rire, l'Être. Il descend de son piédestal et s'approche de la première personne. Une femme, jeune. Une jeune femme. Il passe sa main sur ses épaules et d'un geste ample la déshabille. Il entrouvre ses lèvres et glisse sa langue sur la peau diaphane de la douce jeunesse. Puis de ses doigts palpe son cou et cherche sa pulsation. Il inspire et mord sa chair. Il la déchire, le sang coule.
Il continu, encore. Un, deux, trois corps qui tombent.
Mais à la septième personne le temps semble ralentir. Avant que les canines ne touchent la peau, le jeune garçon a un mouvement de recul et échappe à la mort. Il se place derrière Le Pierre et lui arrache une partie de la gorge d'un geste brusque. Le silence se fait d'autant plus pesant.
Il s'agenouille et pleure. Quelques minutes se font cendres puis il dénude sa victime et s'habille de ses vêtements.
Il s'écarte de la file et murmure :

-Mes amis, ne vous souciez pas de l'avenir, car désormais vous êtes miens. Tout est fini.

Il esquisse un mouvement vers le trône puis se retourne brusquement et se jette sur l'enfant de la file qui se trouve face à lui. Il lui arrache la mâchoire. Il se relève et continu son rituel macabre.

# Posté le mercredi 04 février 2009 19:25

Il est il

- Et ? Je dois faire comme si de rien n'était ?







Il observe tendrement la longue aiguille. Il la tourne entre ses doigts, encore et encore. Comme sur un carrousel il se laisse guider inlassablement dans un même mouvement, celui là même qui semble guider les nuages. Un léger sourire semble naitre sur son visage mais une ombre fugace le lui arrache. Sa respiration s'accélère, il retrousse sa manche. Elle ne tourne plus, la seringue. Il transperce sa peau et glisse le métal froid dans sa veine. Il inspire profondément et presse.



Un voile terne couvre son regard et il jette l'objet de son obsession contre le mur humide. Il repense à tout, à tous. Peut-être aussi à lui. Qu'importe. Le temps ralenti.












Un jour, il le lui a dit dans les yeux, l'autre. Qu'il n'était rien. Et les autres, le lui ont dit qu'il était. A savoir qui avait raison, il en a perdu la sienne. Peut-être est-ce encore plus tôt, lorsqu'il s'est perdu. Il ne saurait dire. Alors là, il a commencé. C'était quand ? Hier, ou avant-hier; les secondes étaient déjà enterrées.
Car mourir quelques instants pourrait rafraichir les couleurs du présent, s'était-il murmuré. Mais caresser ainsi de telles volutes est peut-être le meilleure moyen de ne plus voir le soleil.


















Ça y est. Ses muscles se relâchent, sa respiration ralentie. Ça y est. Ses lèvres se refroidissent et ses pensées sont douces. Avec sa langue il caresse tendrement l'intérieur chaud et humide de sa joue. Il n'a personne à qui le dire. Il a appris à faire du vélo, à nouer ses lacets sans jamais se douter à quel point leurs présences étaient importantes.




Mais là, cette fois, la dernière avant le coucher de soleil, il n'a que lui et sa douce aiguille, celle de ses vieux espoirs.

# Posté le samedi 31 janvier 2009 19:48

Puzzle blanc

-Bah ! C'est toi Laurène ! Faut que j'te raconte ! C'est Lucie, elle s'est
mariée la nuit dernière. Elle a prévenu personne la bougre ! Tu crois pas qu'
elle préviendrait sa mère celle-la. Non, elle doit avoir honte, c'est ça. Elle vient plus, elle m'abandonne et me laisse croupir dans ce coin. Elle n'a plus d'yeux que pour son maraicher montagnard, si. Oh si, elle m'appelle oui. Au 15 du mois, au moins. Elle se donne
bonne conscience la marigaude. Et vas-y que je fais des gosses et que je les laisse vadrouiller à perpet' ! Elle, quand elle m'appelle c'est pas pour me parler
non, ça non. Elle dit deux mots en un. Elle pourrait autant me parler en morse, ça reviendrait au même. Non mais cette fille là. Qui pourrait croire que c'est la mienne ? bah ! Laurette, t'y crois toi ?
Tu sais pas quoi ? la fille là, elle s'est mariée oui ! C'était quand
même l'autre jour. Et j'ai pas reçu d'invitation encore ! Elle ne m'aurait même pas demandé de l'aide, non ? Je suis sa mère quand même. Pas un mot, pas un ! J'ai passé ma vie à
l'éduquer
elle et son coquin de frère.
Tu sais, lui est dentiste. Oui, mais il veut pas me soigner, ça non. Il viendrait pas me le
proposer non ! Je suis sa mère quand même. Et Laura qui ne dit rien. Elle se marie, elle invite tout le monde sauf moi. Je suis sa mère non ? Son mari, il construit des maisons en bois, d'ailleurs
il a fait la leur. Mais il a fait en brique l'idiot. J'lai bien vu moi. Quel nigaud. Elle
s'est marié sans me passer un coup
de téléphone.
Elle va m'entendre ! Elle va m'entendre !

Marlène, apercevant son bus arriver, attrape son sac de cours et s'approche du bord du trottoir. En compostant son billet, elle jette un regard vers l'abribus. Elle fait un signe d'adieu à Julie qui se déplace à l'extrémité du banc, loin de la vieille dame.
Puzzle blanc

# Posté le mardi 27 janvier 2009 19:53

Modifié le mardi 27 janvier 2009 20:07

Situs inversus

-J'ai encore fait ce rêve docteur, dis-je prudemment à voix basse.

-Alors, racontez-le moi. Je vous écoute.

-Voila, en fait je me réveille dans un lit triste et morne. Au travers d'une fenêtre je perçois le jour poindre très lentement, puis je me force à me lever. Mes yeux collent, ma bouche est pâteuse et mon reflet dans le miroir de plein pied est plutôt pathétique. Ma seule envie est de me recoucher.

-Vous recoucher ? Comme c'est étrange ! Continuez, dit le médecin.

-Mais je ne me recouche pas ! J'ai comme des obligations, je sais que l'on m'attend pour travailler ! Alors je stresse et pourtant je ne suis pas vraiment réveillé. Je me lave les dents avant de déjeuner, je marche en chaussette dans l'eau sur le sol de la salle de bain. Pire encore, je mange un gâteau avant de partir et je tache ma chemise blanche !

-Une chemise blanche ! Mon dieu, allez-y, allez-y !

-Je passe d'interminables moments dans des bouchons, puis le métro et enfin j'arrive. Me voila au pied d'un immeuble immense, mais je n'ai pas le temps de l'admirer. Je suis en retard ! En retard ! Je n'ai pas commencé à travailler que je transpire d'angoisse du fait que j'ai 4 minutes et 36 secondes de retard. Alors je me précipite dans l'ascenseur et me glisse entre deux personnes. Ils sont tous angoissés. Ils sont comme moi, vous voyez ? Ou peut-être sont-ils moi ! Qui sait, peut-être suis-je eux....Puis je me réveille.

-D'après ce que j'ai compris, notre dernier traitement n'a pas fonctionné, constate le psychiatre tout en tentant vainement de contrôler sa cravate qui à tendance à s'envoler.

J'opine et le laisse marmonner seul. Ma jambe gauche enfle, explose puis se reconstitue. Je regarde le visage du médecin et constate qu'il a changé. Il a les traits de ma mère, avec peut-être les yeux de mon voisin, ou de mon ex. Cela lui sied plutôt bien. Je me détend et retrouve tout à coup assis au bord de la mer. Je me concentre et j'arrive à revenir dans le cabinet. Je m'excuse mais il ne me voit pas, il réfléchit toujours. Je sens ma main droite me bruler légèrement. Je lève le bras et vois ses os se tordre puis se briser dans un mouvement gracieux. On pourrait presque croire qu'ils dansent tendrement. Mon divan se met à fondre mais je le refaçonne avec vigueur et lui explique qu'il doit bien se tenir lorsqu'il est utilisé.


-Mr Ligalnou, j'ai la solution, hurle-t-il, il faut que vous cessiez de dormir !

-Ah...mais heu...pourtant c'est vous qui m'aviez dit que dormir pourrait être une solution à mon problème, dis-je en hésitant.

-Ne me remerciez pas, laissez le divan en place en partant.

Je lui sers la main mais celle-ci me reste dans la mienne. Il en rit puis disparait. Tout disparait.

# Posté le mercredi 21 janvier 2009 17:00

Modifié le dimanche 25 janvier 2009 09:08