-J'ai encore fait ce rêve docteur, dis-je prudemment à voix basse.
-Alors, racontez-le moi. Je vous écoute.
-Voila, en fait je me réveille dans un lit triste et morne. Au travers d'une fenêtre je perçois le jour poindre très lentement, puis je me force à me lever. Mes yeux collent, ma bouche est pâteuse et mon reflet dans le miroir de plein pied est plutôt pathétique. Ma seule envie est de me recoucher.
-Vous recoucher ? Comme c'est étrange ! Continuez, dit le médecin.
-Mais je ne me recouche pas ! J'ai comme des obligations, je sais que l'on m'attend pour travailler ! Alors je stresse et pourtant je ne suis pas vraiment réveillé. Je me lave les dents avant de déjeuner, je marche en chaussette dans l'eau sur le sol de la salle de bain. Pire encore, je mange un gâteau avant de partir et je tache ma chemise blanche !
-Une chemise blanche ! Mon dieu, allez-y, allez-y !
-Je passe d'interminables moments dans des bouchons, puis le métro et enfin j'arrive. Me voila au pied d'un immeuble immense, mais je n'ai pas le temps de l'admirer. Je suis en retard ! En retard ! Je n'ai pas commencé à travailler que je transpire d'angoisse du fait que j'ai 4 minutes et 36 secondes de retard. Alors je me précipite dans l'ascenseur et me glisse entre deux personnes. Ils sont tous angoissés. Ils sont comme moi, vous voyez ? Ou peut-être sont-ils moi ! Qui sait, peut-être suis-je eux....Puis je me réveille.
-D'après ce que j'ai compris, notre dernier traitement n'a pas fonctionné, constate le psychiatre tout en tentant vainement de contrôler sa cravate qui à tendance à s'envoler.
J'opine et le laisse marmonner seul. Ma jambe gauche enfle, explose puis se reconstitue. Je regarde le visage du médecin et constate qu'il a changé. Il a les traits de ma mère, avec peut-être les yeux de mon voisin, ou de mon ex. Cela lui sied plutôt bien. Je me détend et retrouve tout à coup assis au bord de la mer. Je me concentre et j'arrive à revenir dans le cabinet. Je m'excuse mais il ne me voit pas, il réfléchit toujours. Je sens ma main droite me bruler légèrement. Je lève le bras et vois ses os se tordre puis se briser dans un mouvement gracieux. On pourrait presque croire qu'ils dansent tendrement. Mon divan se met à fondre mais je le refaçonne avec vigueur et lui explique qu'il doit bien se tenir lorsqu'il est utilisé.
-Mr Ligalnou, j'ai la solution, hurle-t-il, il faut que vous cessiez de dormir !
-Ah...mais heu...pourtant c'est vous qui m'aviez dit que dormir pourrait être une solution à mon problème, dis-je en hésitant.
-Ne me remerciez pas, laissez le divan en place en partant.
Je lui sers la main mais celle-ci me reste dans la mienne. Il en rit puis disparait. Tout disparait.